En votant non, les Veveysans resteront avec une place du Marché telle qu’elle est aujourd’hui

Ainsi que déjà pressenti et annoncé ici et là, la mise à l’enquête du projet de parking Gare Nord, qui s’est achevé le 13 mai dernier, a fait l’objet d’une volée d’oppositions. Notamment une déposée par Maître Pierre Chiffelle au nom d’une PPE riveraine et de 26 particuliers. Lire l’article de 24 Heures de ce jour sur ce sujet.

Le comité d’initiative a toujours dit que le parking Gare Nord, présenté par les autorités veveysannes et par les opposants comme LA solution au parking de la Place du Marché, s’il se faisait, serait avant tout destiné à l’usage des pendulaires vu sa localisation. Sa construction semble aujourd’hui bien compromise, en tout cas dans un proche avenir. Malgré l’incertitude planant sur sa réalisation, les autorités et les opposants l’ont utilisé comme un leurre destiné à berner les Veveysans et à les inciter à refuser le parking sous la Place du Marché. Vu ce qui précède, si le non devait malheureusement l’emporter, la Place du Marché restera telle qu’elle est, et pour des années encore, puisque le projet des autorités (D’Amour et d’eau fraîche), qui repose sur ce parking en sursis, ne pourra pas être mis en oeuvre!

La gestion de ce dossier interpelle toutefois sur la façon de faire des autorités, qui n’ont pas hésité à flirter avec la légalité. Petit retour sur la chronologie la plus récente du dossier Gare Nord, qui concerne la deuxième mouture du projet:

Le 14 décembre 2017, le SIPAL (Service cantonal immeuble patrimoine et logistique) qui n’a pas été consulté dans le cadre de la première mise à l’enquête de janvier 2015, alors que son préavis est obligatoire, indique que le projet remanié doit passer à l’enquête complémentaire. Le 1er mars 2018, l’initiative pour un parking sous la Place du Marché aboutit. Dans la foulée, le 9 mars 2018, un permis de construire (n°6450) est délivré pour Gare Nord sans qu’une enquête complémentaire ait été faite. Ce qui fait dire à Me Chiffelle que sa validité est douteuse. En s’abstenant de faire la mise à l’enquête complémentaire fin 2017-début 2018, la Municipalité a voulu éviter :

1. de l’exposer à des oppositions. A ce moment-là, les nouveaux immeubles en PPE s’étaient remplis d’habitants qui risquaient de ne pas apprécier le surcroît de voitures prévus dans leur quartier.
2. d’attirer l’attention sur son projet alors que la récolte des signatures en faveur de l’initiative battait son plein. Elle mise alors sur un échec des initiants.

Comme l’initiative a abouti, la Municipalité délivre un permis de construire en catimini. Elle retarde ensuite le plus possible la mise à l’enquête complémentaire afin que les éventuelles oppositions ne fassent le jeu de l’initiative qui est en pleine campagne électorale jusqu’au 19 mai 2019. Ce qui ne l’empêche pas de promouvoir le parking Gare Nord, qu’elle présente dans la brochure de votation comme la pièce maîtresse de son Plan directeur du stationnement. Alors bien que ce parking ne satisfasse pas, toujours selon Me Pierre Chiffelle, à de nombreuses exigences découlant de la Loi sur l’aménagement du territoire (LAT) ou de l’Ordonnance relative à l’impact sur l’environnement.

En résumé, l’on peut dire que le projet a été mis à l’enquête à la vite, car il a fallu cravacher pour sortir une alternative crédible au parking de la Place du Marché. Il présente des lacunes graves tant du point de vue technique que juridique, relevant de l’amateurisme (voir ci-dessous). Pour preuve son absence de vision globale tant en matière de gestion du trafic que de l’impact en matière de bruit et de pollution de l’air. La façon tendancieuse, à la limite de la manipulation, de faire aboutir la mise à l’enquête relève elle de la tactique politicienne. Peu regardante au final de l’intérêt des habitants du quartier de la Gare. Heureusement, ces derniers s’en sont rendu compte et se sont réunis pour s’opposer à la délivrance du permis de construire.

Principales lacunes techniques et juridiques :

Comme le parking des PPE compte 253 places et celui de Gare Nord en prévoit 324, cela fait un total de 577 places de parc. Les deux parkings ayant été conçu simultanément et se trouvant en un même endroit, un rapport d’impact sur l’environnement (RIE) s’imposait puisque plus de 500 places sont en jeu. Il n’y en a pas eu et la Municipalité est encore aujourd’hui dans l’impossibilité de dire comment elle prévoit de gérer le trafic de ces 577 voitures, débouchant sur l’avenue de Gilamont via une étroite et tortueuse ruelle.

Idéalement, ce projet aurait dû faire l’objet d’un plan partiel d’affectation car il s’insère dans un complexe plus large impliquant d’autres constructions et installations voulues par des tiers (Ligne Montreux-Vevey-Riviera, CFF, PPE). En ce sens, il viole le principe de coordination exigé par la LAT puisque la mise à l’enquête de Gare Nord n’inclut pas, par exemple, les plans d’aménagement de la nouvelle gare MVR, relevant de l’Office fédérale des transports. Il aurait fallu nommer un coordinateur qui veille au respect des intérêts des différentes autorités et qui réunisse toutes les pièces de toutes les parties afin de présenter un projet global et cohérent.